13 mars 2012

"LE CONSEIL DE L'EUROPE ET NIETZSCHE" par GUILLAUME DROUOT

Le Conseil de l’Europe et Nietzsche (1)

Guillaume Drouot, Revue de Droit d'Aassas, N° 4, 22 Octobre 2011, pages 21-23
http://www.u-paris2.fr/54357379/0/fiche___document/&RH=P2-RDA


«La naissance de la tragédie »
   À l’heure où nous apprenons qu’il existe une théorie féministe du droit (2), il semblerait que le Conseil de l’Europe veuille prendre de l’avance et aller au-delà de tout programme féministe en supprimant le problème, la dichotomie des sexes.
   La résolution n° 1728 de l’assemblée générale du Conseil de l’Europe (3) concernant la « Discrimination sur la base de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre » invite les États :
   « 16.11. à traiter la discrimination et les violations des droits de l’homme visant les personnes transgenres et, en particulier, à garantir dans la législation et la pratique les droits de ces personnes :
   16.11.2. à des documents officiels reflétant l’identité de genre choisie (4), sans obligation préalable de subir une stérilisation ou d’autres procédures médicales comme une opération de conversion sexuelle ou une thérapie hormonale . »
   Hourra. Il est fini le temps où l’état civil était non seulement indisponible, mais surtout tyranniquement imposé ! À défaut de pouvoir mettre fin à un double scandale, le fait de ne choisir ni sa naissance, ni son sexe génétique, l’assemblée générale du Conseil de l’Europe, consciente de ses limites, propose humblement que soit inscrite dans notre état civil cette unique loi proposée naguère par Simone de Beauvoir : « on ne naît pas femme, on le devient ».
   Le vieil aphorisme anglo-saxon selon lequel le Parlement « peut tout faire sauf changer un homme en femme » [a] n’est ni contredit, ni évincé, mais simplement devenu inutile : l’individu s’en charge lui-même (5). Cela relève du bon sens. Selon un autre aphorisme, « qui mieux que Renault peut entretenir votre Renault ? » ; partant, « qui mieux que Renaud peut devenir Raymonde » ? Seul l’individu est à même de dire s’il se sent appartenir à un sexe plutôt qu’à un autre. Cette idée n’est pas celle d’une élite détachée des réalités sociales, ou du moins d’une certaine réalité sociale, comme en témoigne cette histoire de parents ne voulant pas dire le sexe de leur enfant, dénommé Storm, afin que celui-ci puisse choisir plus tard (6).

« Généalogie de la morale »
   Depuis les arrêts d’assemblée plénière du 11 décembre 1992, la Cour de cassation n’acceptait de modifier l’état civil des transsexuels qu’à certaines conditions. Nous nous permettons de recopier ici l’attendu de principe de l’arrêt de cassation en indiquant d’un chiffre les conditions successives et cumulatives : « Attendu que lorsque, 1) à la suite d'un traitement médicochirurgical, subi dans un but thérapeutique, une personne 2) présentant le syndrome du transsexualisme 3) ne possède plus tous les caractères de son sexe d'origine et 4) a pris une apparence physique la rapprochant de l'autre sexe, auquel correspond son comportement social, le principe du respect dû à la vie privée justifie que son état civil indique désormais le sexe dont elle a l'apparence ; que le principe de l'indisponibilité de l'état des personnes ne fait pas obstacle à une telle modification ». Ainsi, la mise en conformité de l’état civil n’est pas une fiction, mais serait plutôt l’enregistrement d’une nouvelle réalité, et l’indisponibilité, qui n’est pas l’immutabilité, est sauvegardée car le changement n’est pas volontaire : il est dû à une force extérieure, le syndrome du transsexualisme.
   Ces conditions ont été assouplies par la cour d’appel de Nancy, qui dans un arrêt du 11 octobre 2010 (7) exige uniquement la production de « tout document médical établissant le caractère irréversible du changement de sexe ou de genre, constitutif au traitement d’hormonothérapie entrepris ». Le diagnostic du syndrome du transsexualisme saute comme verrou mais pas celui du traitement, même simplement hormonal, aux effets irréversibles. Il n’est plus question ici de l’indisponibilité. Cette décision est conforme au décret du 8 février 2010 (8) ne faisant plus du transsexualisme une affection psychiatrique (9). Elle a été réaffirmée par la même juridiction le 3 janvier 2011 (10).
   Un premier pas vers le « droit à », mais demain éventuellement faudra-t-il aller plus loin pour suivre la résolution n° 1728, d’autant plus que nous sommes à la traîne ! Déjà un tribunal israélien a décidé que les termes « un homme et une femme » figurant dans la loi sur les successions désignaient aussi les partenaires d’un couple homosexuel (11).

« Crépuscule des idoles »
   Si l’on peut se permettre une remarque au législateur, il faut assurer une fluidité parfaite pour permettre le passage de l’un à l’autre, que monsieur puisse devenir madame, madame, monsieur, et vice et versa, et réciproquement, et inversement (12). Par pitié, que l’individu n’ait pas à faire face à d’innombrables obstacles, l’obligeant à des contorsions juridiques le faisant passer pour un as du fosbury flop de la procédure, mais bien plutôt, pour sa dignité, que soit mise en place une petite allée permettant de quitter le champ du masculin, e. g., pour aller gambader, joyeusement, avec émerveillement et légèreté dans celui du féminin. Après tout, l’herbe est toujours plus verte chez le voisin.
   Quant à vous chers citoyens et citoyennes (et vice et versa, et réciproquement, et cetera) encore victimes de votre sexe de naissance, révoltez-vous, inscrivez-vous en faux contre cette dictature de la biologie et de la société, inscrivez en faux votre acte de naissance !
   Mesdames, en effet, être chauve est distingué pour un homme. Pour une femme, il n’y a que Natalie Portman qui s’en sorte (13). Cruelle inégalité. Cruelle pression sociale : pourquoi la femme serait-elle éternellement cet être « à cheveux longs et à idées courtes (14) » ? Profitez de votre permanente, puis, à l’approche des beaux jours, prenez deux rendez-vous : un à la mairie pour changer de sexe, un chez le coiffeur pour changer de tête. Ne vous sentez-vous pas un peu mieux ainsi, bien dégarnie, mais distinguée, pour déambuler fièrement en tant que nouvel homme ? Le nouveau Fabien Barthez est parmi vous, mesdames.
   Messieurs, vous l’avez toujours su : vous aimez le football, mais également Love Actually. Quelle déchirure que de devoir renoncer à regarder un passage de comédie romantique parce que vous ne pouvez pas décemment le faire en engloutissant des bières, en insultant les crétins en vert, en déifiant les primates en bleu aux QI « dont le niveau ne dépasse que très rarement le chiffre de la température anale (15) ». Désormais, à 13 heures, en sortant de l’entraînement, précipitez-vous à la mairie, devenez femme, et regardez Julia Roberts séduire ce si charmant jeune homme avec vos meilleures copines ou copainscopines (individus ayant le même emploi – du temps et – de l’état civil que vous), en sirotant votre lait fraise, décomplexés.
   Nietzsche écrivait « Par-delà bien et mal », laissons l’Europe écrire par-delà le sein et le mâle. Pouvons-nous souhaiter alors la même évolution pour l’âge ? Que les vieillards puissent s’inscrire comme ayant trente-trois ans, l’âge d’or, s’il vous plaît ! Fichtre, en voilà un défi… Laissons les générations suivantes, issues d’on ne sait quelle procréation asexuée, faire ce qu’elles voudront : liberté, liberté chérie…

N. B. : nous sommes conscients qu’il existe des arguments médicaux à l’appui de telles revendications. Notre but n’est pas de défendre une position, d’apporter une solution, mais de mettre en lumière un aspect du phénomène, assez peu sérieusement. Savoir si le droit doit prêter son secours à la médecine, à la psychologie dépasse le cadre de cet article et de loin les compétences de son auteur.


1 Né en 1844 pour mourir en 1900.

2 S. Hennette-Vauchez, « Vademecum à l’usage de la Cour européenne des droits de l’homme - La théorie féministe du droit au secours d’une juridiction menacée de “splendide isolement” », Dalloz 2011, pages1360 et suivantes. Cette théorie invite « le juriste à lire le droit non seulement comme un des lieux où trouve à s’exprimer l’inégalité entre les sexes, mais aussi, plus fondamentalement, comme un des instruments de la fabrication, de la pérennité voire de la légitimation de cette inégalité » (page 1365). En cela on ne saurait y voir une approche « féminine du droit » (page 1367), ce qui présente l’avantage de ne pas fermer la porte de l’analyse à ces messieurs.

3 Disponible sur :
http://assembly.coe.int/Mainf.asp?link=/Documents/AdoptedText/ta10/FRES1728.htm

4 C’est nous qui soulignons.

a Remarque du juriste calviniste Jean-Louis De Lolme (1741-1804) : « C’est un principe fondamental chez les gens de robe de ce pays-là, que le Parlement peut tout, excepté faire une femme d’un homme, et vice versa. » (Constitution de l’Angleterre, 1771, I, ix). (Note de Cl. C.)

5 Voir, déjà, le document thématique « Droit de l’homme et identité de genre » du commissaire des droits de l’homme, octobre 2009, et la proposition n° 3. Disponible sur : https://wcd.coe.int/wcd/ViewDoc.jsp?id=1498499&Site=CommDH.

6 Information prélevée sur : http://www.newsytype.com/6733-baby-gendersecret/.
En France, il suffirait aux « amis » de demander un extrait d’acte de naissance celui-ci devant indiquer la mention du sexe et pouvant être demandé par n’importe qui (article 10 du décret n° 62-921 du 3 août 1962).

7 CA Nancy, 11 octobre 2010, n° 10/02477 ; JCP G [La Semaine juridique - Edition générale] 2010, 1205, note Ph. Reigné.

8 Décret n° 2010-125 du 8 févr. 2010 portant modification de l’annexe figurant à l’article D. 322-1 du Code de la sécurité sociale relative aux critères médicaux utilisés pour la définition de l’affection de longue durée « affections psychiatriques de longue durée ».

9 Ce qui a pour conséquence, notamment, d’ouvrir la voie du divorce pour faute, le changement de sexe étant alors imputable à l’époux devenu femme (ou l’épouse devenue homme) au sens de l’article 242 du Code civil.

10 CA Nancy, 3 janv. 2011, n° 09/00931 ; JCP G 2011, 480, note Ph. Reigné :
« Attendu que […] la demande de changement d’état civil n’impose pas nécessairement que soient avérées des modifications de nature chirurgicale, telles que l’ablation ou la modification des organes génitaux, ou encore de la chirurgie plastique ; que cependant elle implique que soit préalablement établi le caractère irréversible du processus de changement de sexe ; que force est de constater qu’en l’espèce, et devant cette Cour, l’appelant ne rapporte pas une telle preuve de nature intrinsèque et qui en aucun cas ne saurait résulter du fait qu’il appartient au sexe féminin aux yeux des tiers ». On pourrait toutefois penser que la Cour d’appel n’a pas ressenti comme une nécessité le rappel de toutes les conditions, celle retenue n’étant pas remplie. Comp. CA Paris, 27 janvier 2011, n° 10/04525 ;
JCP G 2011, 480, note Ph. Reigné, qui demeure beaucoup plus « classique ».

11 Ze’ev Segal, « Court recognizes gay’s right to inherit partner’s property », Haaretz, 15 novembre 2004, cité par Michel Troper, « La liberté de l’interprète », in L’office du juge, Les colloques du Sénat, 2006, page 32. Nous savons bien que l’homosexualité n’est pas la même problématique que celle du transsexualisme, mais considérer un couple avec deux personnes de même sexe comme un couple formé d’un homme et d’une femme, c’est du transsexualisme au moins pour l’un des membres du couple homosexuel…

12 Un ami (ayant « mémorisé » sur le sujet Les intersexuels et le droit, mémoire disponible sur le site de Paris II) nous a conseillé alors d’aller plus loin : supprimer la différence de sexe puisque le passage de l’un à l’autre ne devrait même plus emporter de conséquences, soit pour éviter certaines fraudes, soit parce que pouvoir changer de sexe à la demande revient à dire que la nature est identique, comment alors soutenir encore la différence de régime ? Nous nous contenterons d’en rester à une vision plus sociologique, et pensons qu’ici les revendications ne portent pas sur l’indifférenciation ou l’égalité mais l’affirmation du choix d’un sexe, celui qui sera voulu. Respectons cela !

13 Cf. V pour Vendetta.

14 Nous empruntons le mot à Arthur Schopenhauer, mais avons remplacé celui d’« animal » par « être », non par révolte, mais par peur, tout simplement. Voir aussi la chanson de Johnny Hallyday, dans laquelle il faisait référence, par cette formule suggestive, aux hippies, Antoine ayant faussement voulu le mettre dans une cage
dans ses Élucubrations.

15 Selon la formule, caustique il est vrai, de Pierre Desproges.

21 février 2012

LXVI - DESCARTES INUTILE ET INCERTAIN ? RETOUR SUR UNE POLÉMIQUE

   Pour nombre de nos contemporains, le nom de René Descartes reste encore, grâce à l’adjectif "cartésien", synonyme de bonne logique ; il n’est donc pas inutile de revenir sur une polémique de quelques années (1997) entre le scientifique Claude Allègre (né en 1937)), scientifique renommé mais contesté, et le philosophe des sciences Vincent-Pierre Jullien (né en 1953), polémique décalquée des profondes divergences entre Blaise Pascal et Descartes.

   Claude Allègre, peu avant d’être nommé ministre de l’Éducation dans le gouvernement Jospin en juin 1997, avait révélé la superficialité de son information philosophique lorsqu’il attribuait au regretté Jean-François Revel (1924-2006) la belle expression de ... Pascal, "Descartes inutile et incertain" (1). En soutenant que l’approche mathématique est responsable des erreurs dans les sciences, Allègre montre qu’il ignore que la rigueur des mathématiques réside dans la relation entre définitions et démonstrations, dans les notations et le calcul formel, et non (comme le pensait Descartes) dans le recours en l’évidence - la pernicieuse confiance en soi ...- Mais il n’est pas exact que les mathématiques soient complètement détachées de l’expérience ; le calcul (maintenant effectué par des machines électroniques) et le tracé de figures sont des formes d’expérience. 

   Ceci étant, je ne suis pas sûr que dans cette querelle des erreurs de Descartes, que Claude Allègre est loin d’avoir ouverte puisqu’elle remonte à Pascal et qu’elle avait été entretenue publiquement par Huyghens, Leibniz, D’Alembert et Voltaire, entre autres, Vincent Jullien ait entièrement raison (2). 

   Lorsque Claude Allègre reproche à Descartes de mêler considérations religieuses et considérations scientifiques, le reproche est parfaitement fondé. Que cette approche religieuse soit historiquement datée ne lui enlève pas ce côté irrationnel et non scientifique auquel plusieurs contemporains étaient déjà sensibles puisqu’ils ne faisaient plus intervenir “Dieu” dans l’explication des phénomènes physiques.  À lire Vincent Jullien, on pourrait penser que les savants se sont trompés autant les uns que les autres, et les philosophes de même, et autant que les savants, lorsqu’ils ont fait des sciences. Ce qui excuserait G. W. Hegel, entre autres, pour son De Orbitis qui assènait des certitudes contredites peu après par le télescope.

   Si l’on prend la peine d’examiner de près les petits écrits épistémologiques de Pascal (3), on y trouvera une réflexion philosophique, véritablement rationnelle - selon nos critères actuels, mais aussi selon les critères baconiens (ceux de Francis Bacon, auteur, vers 1600, du fameux traité "De l’Avancement du savoir") - dirigée contre la "méthode cartésienne". Contrairement à ce qu’écrit Vincent Jullien, Blaise Pascal n’admettait aucune interaction entre science et métaphysique, aucun recours à des "qualités occultes" du type de la vertu dormitive de l’opium immortalisée par Molière, aucun recours à des définitions circulaires ne définissant rien ; il reconnaissait à la raison expérimentale priorité sur les hypothèses désordonnées telles que l’existence de l’éther ou d’une matière subtile.

   Relativement au mouvement de la Terre, on trouve dans la table des Principes de la Philosophie de Descartes, en III, 28, "on ne peut pas proprement dire que la Terre ou les planètes se meuvent" ; puis, en III, 38-39, "suivant l’hypothèse de Tycho ..." Claude Allègre avait donc tort de parler de façon générale de "l’immobilité de la Terre" soutenue par Descartes. Mais la prudence du penseur du Cogito était telle qu’il est difficile de suivre Vincent Jullien lorsqu’il se hasarde à vanter un "héliocentriste puissant et efficace" ; Yvon Belaval rapporte, avec plus de raison, que selon l’historien des sciences William Whewell, Descartes récusait les travaux de Galilée ("Pour les expériences que vous me mandez de Galilée, je les nie toutes" Lettre à Mersenne, avril 1634), mais il faisait piètre figure à côté du savant italien : "Parmi les vérités en mécanique qui étaient facilement saisissables au début du XVIIe siècle, Galilée a réussi à en atteindre autant, et Descartes aussi peu, qu’il était possible à un homme de génie" (4).

   Descartes avait reconnu le principe d’inertie ; mais, comme pour W. W. Hegel d’ailleurs, la liste de ses erreurs dans le domaine des sciences expérimentales est longue (5). Il est assez cavalier de renvoyer dos à dos l’imperfection de la science à une époque donnée et les erreurs des philosophes (6) ; ainsi les erreurs de Hegel étaient relatives à la question dite des matières : éther, phlogistique (7), calorique, matière électrique ; en 1813, il imaginait leur compénétrabilité (Science de la logique, I, 2) ; en 1827, il les rejetait toutes, y compris donc l’électron (Encyclopédie des Sciences philosophiques). On sait que dans sa thèse de doctorat (le fameux De Orbitiis), Hegel croyait avoir prouvé qu’il ne pouvait y avoir plus de sept planètes dans le système solaire ... 

   Invoquer en regard de ces erreurs la méthode qui permet de penser « librement », c’est tout d’abord jeter des doutes sérieux sur la valeur de la dite méthode ... C’est ensuite oublier qu’il ne s’agit pas seulement de penser librement, dans un fantasme de toute puissance de la pensée (fantasme qui relève très précisément d’une critique de la raison pure ; cf la colombe de Kant, oiseau imaginaire qui pensait son vol contrarié par l’air) ; il s’agit aussi, et surtout, de penser juste, donc en rapport permanent avec l’expérience. La pensée scientifique se doit absolument de ménager une place à la réalité extérieure qu’elle représente, précisément par le biais de la démarche expérimentale et de la spirale : hypothèse 1 - expérience - théorie - hypothèse 2. L’observation kantienne de la pratique du concept sans intuition, ou pensée vide (8), c’est ce qui poussait déjà Leibniz à énoncer cette belle devise : "J’aime mieux un Loeuwenhoek qui me dit ce qu’il voit qu’un cartésien qui me dit ce qu’il pense." (Lettre à Huyghens, 2 mars 1691).

   Vincent Jullien semble s’accorder avec Claude Allègre sur l’erreur que constituerait la conservation de la somme des quantités de mouvement (produit de la masse par la vitesse) dans le choc mécanique de deux solides ; elle se conserve effectivement, comme le savent les étudiants, mais vectoriellement seulement (se conservent également, en mécanique classique, les grandeurs scalaires (numériques) que sont l’énergie cinétique totale et les masses). Pour Descartes, à qui manquait la notion de vecteur (introduite au XIXe siècle seulement ), cette conservation des valeurs numériques (donc fausse) résultait "de ce que Dieu est immuable" (Les Principes de la Philosophie, II, 39). C’est ce recours à cette argumentation non scientifique, recours déjà choquant au XVIIe siècle pour bon nombre de savants, que Claude Allègre avait raison de signaler, le sauvant ainsi de l’oubli. L’esprit de la méthode scientifique se trouvait alors chez Galilée et chez Newton, plus que chez leurs critiques mal inspirés. Selon le Néerlandais Christian Huygens (1629-1695), "M. Descartes avait trouvé la manière de faire prendre ses conjectures et fictions pour des vérités. Et il arrivait à ceux qui lisaient ses Principes de philosophie quelque chose de semblable qu’à ceux qui lisent des romans qui plaisent et font la même impression que des histoires véritables (Remarques sur Descartes)." 


NOTES ET RÉFÉRENCES

1. Claude Allègre, "Les erreurs de Descartes", Le Point, n° 1279, 22 mars 1997, page 41.

2. Vincent Jullien, "Monsieur Allègre et Descartes", Le Monde, 22-23 juin 1997, page 15.

3. Ce sont :
Expériences nouvelles touchant le vide (1647)
Lettre au père Noël (29 octobre 1647)
Lettre à M. Le Pailleur (printemps 1648)
Au lecteur
Traité de la pesanteur de la masse de l’air (1651-53)

4. "Of the mechanical truths which were easily attainable in the beginning of the 17th century, Galileo took hold of as many, and Descartes of as few, as was well possible for a man of genius". (History of Inductive Sciences, 1847, VI, ii, tome 2, page 52) 

5. Parmi ces erreurs :
- les tourbillons de matière subtile.
- six règles du mouvement (sur sept).
- la génération spontanée.
- la matière calorique.
- le rejet des expériences de Galilée.
- la négation de l’attraction terrestre.
- la propagation plus rapide des sons aigus.
- la propagation des sons aussi rapides dans le sens du vent que contre le vent.
- la vitesse de la lumière plus élevée dans le milieu d’indice plus élevé.

6. Ce que faisait Jacques D’Hondt (1920-2012) pour excuser Hegel : "Ce qui était vérité scientifique à l’époque de Hegel se trouve maintenant aussi périmé que les erreurs du philosophe" (Hegel et l’hégélianisme, Paris : Puf, 1982, page 29) 

7. Matière imaginée par le chimiste Stahl pour expliquer les réactions d’oxydo-réduction ; d’autre part Stahl recourrait à l’âme comme principe d’explication des phénomènes biologiques. Lavoisier et Bayen avaient refusé cette croyance en un "phlogistique". 

8. I. Kant, Critique de la raison pure, "Logique transcendantale", I.

31 décembre 2011

LXV - MES SUGGESTIONS PRÉSIDENTIELLES 2012

Cette note en 17 points évoluera jusqu'en mars 2012, je l'enverrai alors aux candidats ayant obtenu les 500 signatures. Les suggestions sont bienvenues, mais je ne peux m'engager à les reprendre. 




Candidats sérieux (4)  au 15/3/2012 :


Nicolas Sarkozy, né à Paris (XVIIe), 57 ans en janvier 2012, président sortant, UMP,

François Hollande, né à Rouen (Seine-Maritime), 58 ans en août 2012, député, PS,
http://francoishollande.fr/

Marine Le Pen, née à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), 44 ans en août 2012, députée européenne, FN,
http://www.marinelepen2012.fr/

François Bayrouné à Bordères (Pyrénées-Atlantiques), 61 ans en mai 2012, MoDem,
http://www.bayrou.fr/


§ 0 - Clarté des orientations générales
§ I - Institutions et lois organiques
§ II - Fiscalité
§ III - Consommation, concurrence et prix
§ IV - Économie et emploi
§ V - Éducation nationale
§ VI - Régime spécial d'Alsace-Moselle (la France d'en haut)
§ VII - Code du travail 
§ VIII - Identité nationale et immigration
§ IX - Délinquance, justice pénale
§ X - Justice et sécurité sociale
§ XI - Libertés individuelles
§ XII - Code électoral
§ XIII - Logement
§ XIV - Simplifications administratives et lutte contre le gaspillage de l'argent public
§ XV - Union européenne  et euro
§ XVI - Diplomatie

§ 0 - Clarté des orientations générales :

  Indiquer avant le premier tour si le candidat souhaite un Gouvernement entièrement constitué de membres du parti majoritaire, un Gouvernement d'ouverture, un Gouvernement d'union nationale, et accepte ou non une éventuelle cohabitation suivant le résultat des législatives de juin.

  Profiter du premier tout des législatives pour faire un référendum portant sur le non-cumul des mandats, l'introduction d'une dose de proportionnelle aux législatives et le projet de loi constitutionnelle suivant : 
"Article unique. Il est ajouté à l'article 89 de la Constitution de 1958 un sixième alinéa ainsi rédigé : "Le quatrième et dernier alinéa de l'article 3 de la Constitution de 1958, qui déclare électeurs "tous les nationaux français majeurs des deux sexes, jouissant de leurs droits civils et politiques", ne peut faire l'objet d'une révision constitutionnelle."

 S'engager à faire preuve de discernement dans le choix des ministres (en attendant que ceux-ci soient choisis sur une liste d'aptitude), sans tenir compte d'un savant dosage entre les partis, les copains et les courants. Par exemple, Luc Chatel, qui ne sait pas compter, et Xavier Bertrand, qui ne tient pas sa promesse sur la date de versement des retraites, sont de grosses taches dans le Gouvernement actuel de la France et ils n'auraient jamais dus être ministres.


§ I - Institutions et lois organiques :

a) Nous avons un bloc de constitutionnalité actuellement en quatre morceaux ; préparer sa refonte en un texte unique intégrant les plus importantes des lois organiques. Proposition de refonte du Préambule d'octobre 1946 (j'ai supprimé ce qui me semble soit caduc, soit faire double emploi avec d'autres dispositions) à introduire à la suite des deux alinéas de l'article 1er de la Constitution de 1958 :
[3] Le peuple français réaffirme solennellement les principes fondamentaux reconnus par les lois de la République.
[4] Tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté a droit d'asile sur les territoires de la République.
[5] Chacun a le devoir de travailler et le droit d'obtenir un emploi. Tout homme peut défendre ses droits et ses intérêts par l'action syndicale et adhérer au syndicat de son choix. Le droit de grève s'exerce dans le cadre des lois qui le réglementent. Tout travailleur participe, par l'intermédiaire de ses délégués, à la détermination collective des conditions de travail ainsi qu'à la gestion des entreprises.
[6] La Nation assure à l'individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement. Elle garantit à tous, notamment à l'enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l'incapacité de travailler a le droit d'obtenir de la collectivité des moyens convenables d'existence.
[7] La Nation proclame la solidarité de tous les Français devant les charges qui résultent des calamités nationales.
[8] La Nation garantit l'égal accès de l'enfant et de l'adulte à l'instruction et à la formation professionnelle continue. L'organisation de l'enseignement public gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir de l'État.

Constitution de 1958

b) Nicolas Sarkozy I nous laisse une Constitution à nouveau bancale (elle le fut déjà longtemps dans l'attente d'une éventuelle ratification du Traité constitutionnel), dans un état déplorable, avec un article 11 nouveau élaboré en 2008 et toujours en attente des lois ordinaire et organique d'application.

"La loi constitutionnelle n° 2008-724 du 23 juillet 2008 a modifié l'article 61 de la Constitution en son article 28. L'entrée en vigueur de cet article 28 n'était soumise à aucune condition. Le site du Conseil constitutionnel présente donc cet article dans sa version en vigueur. En revanche, l'article 46 de cette loi constitutionnelle soumet l'entrée en vigueur du nouvel article 11 (issu de cette même révision, article 4) à la promulgation de lois organique et/ou ordinaire. Le nouvel article 11, ainsi que vous le signalez, n'est donc pas encore entré en vigueur. Il en résulte que l'article 61 en vigueur fait référence à des "propositions de lois" qui pour l'instant ne peuvent pas exister en raison de l'entrée en vigueur différée du nouvel article 11." (Lionel Brau, service documentation, Conseil constitutionnel, 14/11/2011)

Il faudrait aussi une forte réduction des délais de procédure pour ce référendum d'initiative parlementaro-populaire (RIPP), donc revoir rapidement et simplifier considérablement les PjL ordinaire et organique N° 3073 et 3072 de la XIIIe législature).

c) ARTICLE 54 NOUVEAU QUE JE PROPOSE :

"Si le Conseil constitutionnel, saisi selon l'alinéa 2 de l'article 61, a déclaré qu'un engagement international comporte une clause contraire à la Constitution, l'autorisation de ratifier ou d'approuver l'engagement international en cause ne peut intervenir qu'après une révision constitutionnelle approuvée par référendum par le peuple français."

d) Étendre de 12 à 15 le nombre de menbres du Conseil constitutionnel, étant donné l'important travail supplémentaire introduit par les QPC.

e) Établir une limite d'âge à 65 ans et des conditions nécessaires de compétence politique ou juridique pour les membres du gouvernement et les membres de ce Conseil constitutionnel. Ils pourraient être choisis sur deux listes d'aptitude établies par une autorité indépendante (Académie des Sciences morales et politiques, par exemple).

f) Interdiction des cumuls de mandats suivants : maire d'une ville de plus de 10 000 habitants, député, sénateur, ministre ou secrétaire d'État, député européen, président de Conseil général, président de Conseil régional.

g) Allongement de 5 à 6 ans de la durée du mandat de député (pour l'aligner sur celui de sénateur), mais sans rééligibilité consécutive, ce qui permettrait que l'ensemble du mandat soit épargné par le clientélisme.

h) Suppression du Conseil économique, social et environnemental (articles 69 à 71 de la Constitution)

i) Laïcité : limiter l'envahissement de l'espace public par des pratiques religieuses trop contraignantes (par exemple, rejeter l'exigence d'espace de prières sur les lieux de travail ou d'études, ne pas adapter le fonctionnement des administrations et des établissements scolaires au jeûne du ramadan ni aux interdits alimentaires des religions juive et musulmane). Examiner l'intérêt, au regard de la cohésion nationale, des dérogations aux règles d'abattage avec étourdissement préalable.

j) Étudier le moyen de revenir sur cette aberration d'avoir fait de Mayotte le 101e département français. Modifier l'article 72-4, alinéas 1er et 2, de la Constitution de 1958 en y introduisant les deux modifications en gras et entre entre guillemets suivantes :

[1] "Aucun changement, pour tout ou partie de l'une des collectivités mentionnées au deuxième alinéa de l'article 72-3, de l'un vers l'autre des régimes prévus par les articles 73 et 74, ne peut intervenir sans que le consentement des électeurs de la collectivité ou de la partie de collectivité intéressée, « ainsi que celui du peuple français, aient été préalablement recueillis », dans les conditions prévues à l'alinéa suivant. Ce changement de régime est décidé par une loi organique."
[2] "Le Président de la République, sur proposition du Gouvernement pendant la durée des sessions ou sur proposition conjointe des deux assemblées, publiées au Journal officiel, peut décider de consulter « le peuple français et » les électeurs d'une collectivité territoriale située outre-mer sur une question relative à son organisation, à ses compétences ou à son régime législatif. Lorsque la consultation porte sur un changement prévu à l'alinéa précédent et est organisée sur proposition du Gouvernement, celui-ci fait, devant chaque assemblée, une déclaration qui est suivie d'un débat."


k) S'engager à ne jamais introduire le vote étranger en faisant adopter par référendum le projet de loi constitutionnelle suivant :
"Article unique. Il est ajouté à l'article 89 de la Constitution de 1958 un sixième alinéa ainsi rédigé : "Le quatrième et dernier alinéa de l'article 3 de la Constitution de 1958, qui déclare électeurs "tous les nationaux français majeurs des deux sexes, jouissant de leurs droits civils et politiques", ne peut faire l'objet d'une révision constitutionnelle."
En effet, le vote étranger remettrait en cause :
* "Le concept juridique de "peuple français" (décision 91-290 DC du 9 mai 1991), distinct de l'ensemble des personnes présentes sur le territoire.
* La forme républicaine (1) du Gouvernement (articles 1er et 89 de la C.)
* la notion d'électeur (article 3 de la C.)

* La portée de la citoyenneté européenne (article 9 de la version consolidée du Traité sur l'Union européenne).
1. ‎"forme républicaine" parce que République, res publica, c'est l'affaire du peuple, en l'occurrence celle du peuple français.


§ II - Fiscalité :

a) Paiement individuel de l'I.R.P.P. par retenue à la source et fusion avec la C.S.G., indépendamment du statut matrimonial (mariage, concubinage ou pacs), soit suppression du "quotient conjugal". Continuer évidemment à tenir compte des enfants à charge.
b) Établir un taux unique de T.V.A. pour la restauration rapide et pour la restauration traditionnelle.
c) Exonération des droits de succession en dessous d'un seuil à fixer pour les Français socialement fragiles ayant rempli certaines conditions de durée au régime du R.S.A., comme c'est déjà le cas pour les titulaires d'une A.A.H. (article 779-II du Code général des impôts et articles 293 et 294 de l'Annexe 2).
d) Réduction importante des taxes sur les carburants (T.I.P.P.) et sur l'énergie (actuellement plus de 40 % sur l'électricité !!)
e) Rétablissement du principe du bouclier fiscal, avec un taux modulable aux alentours de 50 % selon la conjoncture économique.
f) Introduire une taxe spéciale, d'un montant réduit, sur les nombreuses importations en provenance des pays hors U. E., et l'affecter à la réduction du déficit budgétaire (95,3 milliards d'euros en 2011).
g) S'engager à ne jamais introduire la "taxe presse" demandée par le Syndicat de la presse quotidienne nationale (SPQN) et le Syndicat de la presse quotidienne régionale (SPQR), taxe qui serait levée sur les fournisseurs d'accès Inter Net (FAI) et sur les appareils de connexion.


§ III - Consommation, concurrence et prix :

a) Interdire la pratique des fournisseurs d'eau et d'énergie (EDFLyonnaise des Eaux, Direct  Énergie et autres) consistant à facturer d'avance (de deux à six mois) les abonnements ainsi que des estimations de consommation souvent démesurées, ce qui s'apparente à du racket, et à virer sans préavis les clients récalcitrants. (Imaginez si les restaurateurs faisaient de même à l'entrée des clients ...).
b) Suppression du prélèvement de 1 % en faveur du Comité d'Entreprise EDF.
c) Réprimer les facturations à périodicité variables et arbitraires, dues en fait à des problèmes internes, et masquées sous des phrases du genre "On vous a laissé passer l'hiver tranquille".
d) Rétablir les relevés de consommation mensuels, ou au moins bimestriels, à domicile ou par auto-relève, mais ne facturer les consommations effectives.
e) Imposer rapidement l'étiquetage pour la viande provenant d'abattoirs dits "halal".
f) Abrogation de l'anomalie que constitue l'exception prévue à l'alinéa 4 et dernier de l'article L. 113-15-1 (article 2 de la loi n° 2005-67 du 28 janvier 2005 tendant à conforter la confiance et la protection du consommateur) du Code des assurances "Les dispositions du présent article ne sont applicables ni aux assurances sur la vie ni aux contrats de groupe et autres opérations collectives." Ceci afin de défendre les consommateurs pour tous leurs contrats à tacite reconduction et non pour seulement certains d'entre eux.


§ IV - Économie et emploi :

a) La participation gaullienne était une excellente idée, et il est clair qu'il faut aujourd'hui tendre à augmenter les revenus du travail productif et de l'entreprise, et à réduire ceux des gros actionnaires et surtout ceux des spéculateurs.
b) Maintien du secteur nucléaire qui reste le plus sûr de tous les secteurs fournisseurs d'énergie, et le sera de plus en plus avec les progrès techniques. Maintien notamment du chantier d'E.P.R. (European Pressurized (water) Reactor) de Flamanville (Manche). Comme dit Jean-Pierre Chevènement, "Nous n'avons pas investi dans le nucléaire 500 milliards depuis un demi-siècle pour le voir partir en fumée, alors que nous sommes face à une crise sans précédent."c) Améliorer l'accueil des touristes étrangers (source importante de revenus pour l'économie française - les touristes paieront la TVA à 21,2 % -) en réglementant encore davantage le droit de grève dans les transports aériens et maritimes et en réformant le service des taxis, notamment parisiens et marseillais (comme cela aurait dû être fait depuis longtemps).
c) Limiter le recours au bénévolat dans les administrations, associations subventionnées et "reconnues d'utilité publique" (A.R.U.P.) et collectivités locales, qui dans de trop nombreux cas se conjugue avec amateurisme ou incompétence, dans tous les cas avec absence de responsabilité, indisponibilité temporaire, etc., et est par ailleurs en concurrence avec le travail rémunéré nécessaire à beaucoup de Français. Par ailleurs l'anonymat imposé dans des A.R.U.P. telles que Sos-Amitié est un obstacle à l'efficacité ; cet anonymat devrait être possible sans être imposé. Autre solution, la création d'un service public prenant en charge ces besoins.
d) Arrêt total des subventions accordées aux clubs professionnels sportifs.


§ V - Éducation nationale :

a) Remettre le savoir (l'étude) au centre du système d'instruction publique.
b) Revalorisation des Universités par l'introduction d'une orientation-sélection à l'entrée ; cela pourrait prendre la forme d'un examen ou d'un test pour ceux n'ayant pas obtenu au moins la mention AB au Baccalauréat.
c) Exiger pour le passage en seconde une moyenne égale ou supérieure à 12 au Brevet des collèges.
d) Rétablir à 13 ou 14 ans la fin de la scolarité générale obligatoire afin de remettre en valeur l'apprentissage et la formation alternée pour ceux qui ne sont pas doués et/ou motivés pour les études. En tout cas, faire coïncider ce seuil avec celui de la majorité pénale.
e) Instaurer des cours particuliers ou en petits groupes d'aide à l'étude des leçons et aux devoirs dans les établissements scolaires avec des enseignants volontaires et expérimentés rémunérés par l'établissement, et avec une participation financière des parents selon leurs moyens. (François Bayrou à On n'est pas couché, 7 janvier 2012, 24' 39" : "Je trouve scandaleux qu'on soit obligé en France de payer des leçons particulières à prix d'or, même les familles les plus modestes, pour que les élèves fassent le travail scolaire ordinaire. Cela devrait être fait à l'intérieur du collège." Les "leçons particulières à prix d'or", cela n'existe que dans quelques grands lycées parisiens).


§ VI - Régime spécial d'Alsace-Moselle (la France d'en haut) :
a) Établissement d'un calendrier permettant d'aboutir rapidement à la fin de ce régime spécial (créé en 1919 et confirmé en 1945) de ces trois départements métropolitains, notamment en ce qui concerne la laïcité, la sécurité sociale, les mutuelles, le paiement des retraites ,et le travail le dimanche.
"L'instauration d'une journée de carence pour les fonctionnaires en arrêt maladie et d'un quatrième jour de carence pour ceux du privé ne concerne pas les habitants du Bas et Haut-Rhin." (rue89.com)
Une décision du Conseil constitutionnel rejeta partiellement un projet de statut spécial de collectivité territoriale pour la Corse (décision n° 91-290 DC du 09 mai 1991), je ne vois pas pourquoi les Alsaciens devraient être traités différemment des Corses.
b) Opposition à l'accord tout récent des présidents du Conseil régional d'Alsace et des Conseils généraux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin sur la fusion de ces trois collectivités en une seule, dont la création ferait l'objet d'un vote des élus alsaciens le 1er décembre 2011. [...] Pour Charles Buttner, président du Conseil général du Haut-Rhin, la réforme doit permettre à l'Alsace de renforcer ses liens avec ses voisins allemands et suisses, éventuellement en adaptant le droit. Les Alsaciens seraient-ils moins républicains que les Corses (qui en juillet 2003 rejetèrent le projet de collectivité unique) ?
c) Dans sa décision n° 2011-157 QPC du 5 août 2011 (merci à David Masson de me l'avoir signalée), le Conseil constitutionnel considère ce régime spécial comme un principe fondamental reconnu par les lois de la République (PFRLR) et donc en quelque sorte renvoie la balle au législateur, comme dans la question du "mariage homo".


§ VII - Code du travail  :

a) Revenir aux 40 h hebdomadaires (cela aurait dû être fait dès 2002), avec des aménagements pour les salariés ayant un long trajet entre leurs domiciles et leurs lieux de travail.

b) Avec la loi n° 2007-130 du 31 janvier 2007 (loi Villepin dite "loi de modernisation du dialogue social"), le Gouvernement s'est volontairement privé des moyens d'agir efficacement et rapidement en introduisant l'obligation de concertation avec des partenaires sociaux qui n'ont aucune légitimité politique. Pour contrer l'impuissance actuelle des politiques, il convient de mettre au programme des présidentielles l'abrogation de cette loi.

c) Réglementer l'exercice du droit de grève dans tous les cas, comme le prévoyait l'alinéa 7 du Préambule de la Constitution de 1946 (bloc de constitutionnalité). Les grèves, dans la plupart des cas, sont un véritable sabotage de l'activité économique ou administrative et occasionnent une gêne considérable pour les usagers.


§ VIII - Identité nationale et immigration :

a) Suppression de la reconnaissance des doubles nationalités ; le vote en France des bi-nationaux est déjà à moitié un vote étranger.

b) Il faudra un Président ayant au moins 2 ou 3 grands-parents français. Ainsi je ne voterai pas, en 2012, pour Sarkozy, ni en 2017, pour Copé :
"Du côté paternel, son grand-père Marcu Hirs Copelovici, fils de Copel et Zleta, originaires de Bessarabie, est un médecin né à Iaşi dans l'est de la Roumanie au début du XXe siècle. Fuyant l'antisémitisme de son pays, il émigre à Paris en 1926. Devenu Marcel Copé, il se marie peu après avec Gisèle Lazerovici, fille de Ghidale Lazerovici, comptable, et Anna Stern. Du côté maternel, son grand-père Ismaël André Ghanassia, fils de Moïse Ghanassia et Djouhar Soussi, originaires de Miliana, est avocat à Alger. Son épouse, Lise Boukhabza, est la petite fille d'un rabbin originaire de Tunisie, et d'une mère originaire de Tétouan au Maroc. (wikipédia, version du 7 octobre 2011)
‎"Il est l'aîné d'une famille de trois enfants et le fils de Monique Ghanassia, originaire d'Algérie (dont le père, André Ghanassia, son épouse et leurs trois enfants, quittent Alger pour la métropole dans les années 1950, peu après les débuts de la guerre d'Algérie1) et du professeur Roland Copé, chirurgien gastro-entérologue proctologue d'origine juive roumaine (dont le père Marcu Hirs Copelovici est un médecin né à Iaşi en Roumanie au début du XXe siècle, fuyant l'antisémitisme de son pays." (wikipédia, version du 12 octobre 2011)

c) Tout enfant né en France de parents étrangers devra, s'il désire devenir Français, en faire la demande écrite et motivée à sa majorité (actuellement la naturalisation est automatique depuis 1885 (droit du sol), avec la seule parenthèse de 1993-1998).

d) Mensualisation, ou au moins trimestrialisation, du droit d'accès à l'Aide Médicale d'État, de façon à ne plus accorder un quasi-permis de séjour d'un an aux clandestins.

Article L. 251-1 du Code de l'action sociale et des familles, 1er alinéa :

"Tout étranger résidant en France de manière ininterrompue depuis plus de trois mois, sans remplir la condition de régularité mentionnée à l'article L. 380-1 du code de la sécurité sociale

[résidence en France métropolitaine ou dans un département d'outre-mer de façon stable et régulière]

et dont les ressources ne dépassent pas le plafond mentionné à l'article L. 861-1 de ce code a droit, pour lui-même et les personnes à sa charge au sens de l'article L. 161-14

[1) personne qui vit maritalement avec un assuré social, et qui se trouve à sa charge effective, totale et permanente ; 2) personne liée à un assuré social par un pacte civil de solidarité lorsqu'elle ne peut bénéficier de la qualité d'assuré social à un autre titre ; 3) personne qui vit depuis une durée fixée par décret en Conseil d'État avec un assuré social, et se trouve à sa charge effective, totale et permanente]

et des 1° à 3° de l'article L. 313-3 de ce Code,

[1°) le conjoint de l'assuré, sauf s'il bénéficie d'un régime obligatoire de sécurité sociale, s'il exerce, pour le compte de l'assuré ou d'un tiers personnellement, une activité professionnelle ne motivant pas son affiliation à un tel régime pour le risque maladie, s'il est inscrit au registre des métiers ou du commerce ou lorsqu'il exerce une profession libérale
2°) jusqu'à un âge limite, les enfants non salariés, à la charge de l'assuré ou de son conjoint, que la filiation, y compris adoptive, soit légalement établie, qu'ils soient pupilles de la nation dont l'assuré est tuteur, ou enfants recueillis ;
3°) jusqu'à des âges limites et dans les conditions déterminées par décret en Conseil d'Etat :
a) les enfants placés en apprentissage
b) les enfants qui poursuivent leurs études ;
c) les enfants qui, par suite d'infirmités ou de maladies chroniques, sont dans l'impossiblité permanente de se livrer à un travail salarié ]

à l'aide médicale de l'État, sous réserve, s'il est majeur, de s'être acquitté, à son propre titre et au titre des personnes majeures à sa charge telles que définies ci-dessus, du droit annuel mentionné à l'article 968 E du Code général des impôts

[Le droit aux prestations mentionnées à l'article L. 251-2 du Code de l'action sociale et des familles est conditionné par le paiement d'un droit annuel d'un montant de 30 € par bénéficiaire majeur].

Article L. 252-3 du Code de l'action sociale et des familles, 2e alinéa : Cette admission [à l'aide médicale de l'État] est accordée pour une période d'un an.


e) Réserver R.S.A. et A.S.P.A. aux ressortissants de l'U.E., avec une condition de durée de résidence sur le territoire français, condition assortie d'une exigence de réciprocité absolue et simultanée pour tous les États concernés.
f) Suppression du regroupement familial automatique. (faire jouer la clause rebus sic stantibus)
g) Instaurer la préférence nationale pour l'emploi des catégories socio-professionnelles (C.S.P.) touchées par le chômage.


§ IX - Délinquance, justice pénale :

a) Simplification du Code de procédure pénale pour éviter la libération de grands délinquants ou criminels sur erreur de procédure :
- Égalité de droits entre la victime et l’accusé
- Impunité zéro pour les atteintes aux personnes et aux biens
- Application effective des peines prononcées
- Fermeté de précaution vis-à-vis des criminels dangereux : perpétuité réelle pour les grands criminels et surveillance à vie des délinquants sexuels.
-  Justice transparente qui rende des comptes aux citoyens ; débat national sur l’élection des procureurs au suffrage universel ; audiences d’application des peines ouvertes au public.

b) Encadrement des jeunes grands délinquants par l'Armée de terre et la Gendarmerie.

c) Rétablissement de la liberté d'expression (la première des libertés) par l'abrogation ou la restriction du champ d'application des dispositions suivantes de la loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881 :

Article 24, alinéa 8 (provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence) ;
art. 24bis (Gayssot et tribunal militaire de Nürenberg) ;

art. 30 : abrogation de la loi Couderc relative aux harkis, si elle venait à être promulguée
art. 32 al. 2 (diffamation envers une religion)

art. 32, al. 3 ("diffamation" homophobe, loi Halde, art. 21) ;
art. 33, al. 3 (injure envers une religion)

art. 33, al. 4 (injure homophobe envers un groupe, loi Halde, art. 21);
art. 48, 6° (poursuites d'office par le ministère public) ;
art. 48-1, 1er al. (associations parties civiles, action pénale) ;
art. 48-2, 1er al. (associations parties civiles, action pénale) ;
art. 48-4, 1er al. (associations parties civiles, action pénale, loi Halde, art. 22).
art. 65-3 (délai de prescription).


d) Rétablissement de la peine complémentaire de reconduite à la frontière pour les délinquants et criminels étrangers.


§ X - Justice et sécurité sociale :

a) Unifier les divers régimes de sécurité sociale (général [sic], agricole, R.S.I. des indépendants, spéciaus de la S.N.C.F., de l'E.D.F. et de l'Alsace-Moselle, A.M.E. des clandestins en situation d'urgence médicale) en un seul qui soit véritablement général


b) Réduire d'environ 3 à 5 % le montant des traitements et retraites du Président, du Premier ministre, des ministres et secrétaires d' État, des parlementaires, des présidents de Conseils généraux et régionaux et des hauts fonctionnaires ; si cette mesure reste symbolique sur le plan financier, elle est importante pour la cohésion nationale.
c) Réduire les salaires, stock options et retraites chapeau des dirigeants de grandes entreprises et des sportifs jouant dans des équipes nationales.
d) Supprimer toutes les "décharges" syndicales financées par les contribuables, lorsque l'État, notamment l'Éducation nationale, met des fonctionnaires à disposition des syndicats, car ça c'est aussi des emplois fictifs !!


§ XI - Libertés individuelles :

a) Il faut mettre en place une politique qui évite le recours à l' avortement, acte qui ne relève pas seulement de la liberté de la femme mais concerne aussi le père et l'enfant à naître. Il y a contradiction entre l'avortement et le "droit à la vie" de l'enfant à naître. 
b) Reconnaissance d'un droit à l'euthanasie active et au suicide assisté en fin de vie, pour avoir la liberté de refuser l'acharnement thérapeutique et réserver les dépenses de santé soit aux plus jeunes, soit à ceux qui souhaitent en bénéficier à ce stade de la vie. Il existe bien des "soins palliatifs", mais ceux-ci doivent, comme tout traitement, être librement acceptés ou refusés.


§ XII - Code électoral :

a) Tout nouvel inscrit sur les listes électorales reçoit un exemplaire de la Constitution.
b) Rendre le vote obligatoire, sous peine d'une sanction minime (amende de 10 à 15 €).
c) Établir une dose de proportionnelle aux élections législatives pour rapprocher la France d'en haut du pays réel.
d) Comptabiliser les votes blancs parmi les suffrages exprimés.


§ XIII - Logement :

a) Rapprocher les logements des salariés des entreprises et des administrations de leurs lieux de travail en mettant en place sur Inter Net un service public facilitant l'échange de logements entre Français dans ce but.
b) Aménager les bâtiments vides et inciter les entreprises, au delà d'un certain seuil de salariés (à fixer) à construire des logements sociaux de fonction à proximité de leurs sièges et établissements futurs.


§ XIV - Simplifications administratives et lutte contre le gaspillage de l'argent public :

a) Limiter les déplacements ministériels pour inaugurations et autres cérémonies non indispensables (le champion en la matière étant actuellement Xavier Bertrand), plus généralement revenir à un État modeste.
b) Les passeports non biométriques, délivrés avant 2005, comportent, page 36, une case "Nouveau domicile". La sous-préfecture d'Aubusson m'indique que je peux signaler ce changement pour mon passeport valable jusqu'en septembre 2013 à la mairie d'Auzances. Mais à la mairie, autre musique ; il faudrait refaire complètement le passeport, qui ne serait cependant valable que jusqu'à expiration de l'ancien. Je renonce, mais j'adresse cependant un e-mail au ministre de l'Intérieur, qui me fait savoir qu'il contacte le préfet de la Creuse. À suivre.


§ XV - Union européenne  et euro :

a) Annoncer clairement le veto français à l'adhésion de la Turquie à l'U. E., consulter les Français par référendum pour l'adhésion de la Croatie.
b) Renégocier le Traité européen et la Convention européenne des droits de l'homme en invoquant la clause " rebus sic stantibus " (Les traités doivent être respectés, pour autant que perdurent les conditions existantes lors de leurs signatures ; si ces conditions changent, alors ces traités peuvent être révoqués).
c) Mettre fin à la sur-représentation des petits États (inégalité du scrutin pour l'élection des députés au Parlement européen) instaurés par l'article 14, 2. du titre III de la version consolidée du Traité sur l'Union européenne : "La représentation des citoyens est assurée de façon dégressivement proportionnelle, avec un seuil minimum de six membres par État membre."
d) Négocier avec nos partenaires une réduction des traitements et avantages divers des députés européens et des hauts et moyens fonctionnaires de l'U. E.
e) Faire un bilan coûts-avantages d'une sortie de la zone euro.
f) Encourager la baisse des taux de base de la BCE.
g) Obtenir la baisse de l’euro sur le marché des devises par l’action conjointe des États de la zone euro et de la BCE
h) Monétisation de la dette par la création directe d’euros par les Banques Centrales afin de réinjecter des liquidités dans les économies européennes pour financer les investissements ; créer des avances directes aux États à taux zéro ou proches de zéro, sur le modèle du « quantitative easing » de la F. E. D. américaine.


§ XVI - Diplomatie :


a) Retrait rapide des troupes françaises d'Afghanistan.
b) Dans le conflit israëlo-palestinien, pratiquer à la fois neutralité, distance, et condamnation de l'usage de la violence et du terrorisme.
c) Réduire la participation financière et politique de la France à des super-machins tels que le Conseil de l'Europe.

1 décembre 2011

LXIV - NIETZSCHE SUR LE TRAVAIL


Fragments posthumes, U I 2b, fin 1870 – avril 1871: [16] : Les Hellènes pensent au sujet du travail comme nous au sujet de la procréation. Les deux passent pour honteux, mais ce n’est pas pour cela qu’on en déclarerait les produits honteux.
La "dignité du travail" est un fantasme moderne de la plus sotte espèce. C’est un rêve d’esclaves. […]
Seul le travail accompli par un sujet à la volonté libre a de la dignité. Aussi un véritable travail de civilisation demande-t-il une existence fondée et libre de soucis. À l’inverse : l’esclavage appartient à l’essence d’une civilisation.

Mp XII 1c, début 1871: [1] : Que trouver d’autre dans la détresse travailleuse de ces millions d’hommes que la pulsion de continuer à végéter à n’importe quel prix

Cinq préfaces … 3. L’État chez les Grecs : « Tous s'échinent à perpétuer misérablement une vie de misère, et sont contraints par cette effroyable nécessité à un travail exténuant, qu'ensuite l'homme, ou plus exactement l'intellect humain, abusé par la "volonté", regarde, ébahi, par moments, comme un objet digne de respect. Or, pour que le travail puisse revendiquer le droit d'être honoré, encore serait-il nécessaire qu'avant tout l'existence [Dasein] elle-même, dont il n'est pourtant qu'un instrument douloureux, ait un peu plus de dignité et de valeur que ne lui en ont accordées jusqu'ici les philosophies et les religions qui ont pris ce problème au sérieux. Que pouvons-vous trouver d’autre dans la nécessité du travail de ces millions d’hommes, que l’instinct [Trieb] d’exister à tout prix, ce même instinct tout-puissant qui pousse des plantes rabougries à étirer leurs racines sur la roche nue ! […]

   Les Grecs n'ont pas besoin de pareilles hallucinations conceptuelles : chez eux, l'idée que le travail est un avilissement s'exprime avec une effrayante franchise, et une sagesse plus secrète qui parle plus rarement, mais qui est partout vivante, ajoute à cela que l'être humain est, lui aussi, un vil et pitoyable néant, le "rêve d'une ombre" [Pindare, Pythique, VIII, 99]. Le travail est un avilissement car l’existence n’a pas de valeur en soi ; mais même lorsque cette existence se pare du rayonnement trompeur des illusions de l'art et semble alors avoir réellement acquis une valeur en soi, l'affirmation que le travail est un avilissement n'en gardera pas moins sa validité. […] Nous possédons maintenant le concept général qui doit recouvrir les sentiments qu'éprouvent les Grecs à l'égard du travail et de l'esclavage ; ils considéraient l'un et l'autre comme un avilissement nécessaire — à la fois nécessité et avilissement — face auquel on éprouve de la honte. […] L’esclavage appartient à l’essence d’une civilisation […] S’il devait s’avérer que les Grecs ont péri à cause de l’esclavage, il est bien plus certain que c’est du manque d’esclavage que nous périrons. »

Humain, trop humain, IX, § 611 : « La renaissance perpétuelle des besoins nous accoutume au travail […] Pour échapper à l’ennui, l’être humain, ou bien travaille au delà de ce qu’exigent ses besoins normaux, ou bien il invente un jeu. »

Fragments posthumes, U II 5c, oct.-déc. 1876: [21] : « Dans les classes riches, l’excès de travail apparaît comme une impulsion intérieure à exagérer son activité, chez les ouvriers, c’est une contrainte extérieure.»

Opinions et sentences mêlées, § 260 "Ne Prendre pour amis que des travailleurs" : « L’oisif est dangereux à ses amis; comme il n’a pas assez à faire, il parle de ce que font et ne font pas ses amis, finit par s’en mêler et se rendre importun: ce pourquoi il faut sagement ne lier amitié qu’avec des travailleurs. »

Le Voyageur et son ombre, 1880, § 170 "L'art au siècle du travail" : « Nous avons la conscience morale d’un siècle au travail ; cela ne nous permet pas de donner à l’art nos meilleures heures, nos matinées, quand bien même cet art serai le plus grand et le plus digne. Il est pour nous affaire de loisir, de délassement : nous lui consacrons ce qui nous reste de temps, de force. »
§ 286 "La valeur du travail" : « Il ne dépend pas de l’ouvrier de décider s’il travaillera, ni comment il travaillera. Les seuls points de vue, larges ou étroits, qui ont fondé l’estimation du travail sont ceux de l’utilité. [...] L'exploitation [Ausbeutung] du travailleur [Arbeiter], on le comprend maintenant, fut une sottise, un gaspillage aux dépens de l'avenir, une menace pour la société. Voilà que déjà on a presque la guerre : et en tout cas, pour maintenir la pais, signer des contrats et obtenir la confiance, les frais seront désormais très grands, parce que la folie des exploitants aura été si grande et si durable. »

Fragments posthumes, N V 4, automne 1880 : [106] : « Le succès majeur du travail, c’est d’interdire l’oisiveté aux natures vulgaires, et même, par ex., aux fonctionnaires, aux marchands, aux soldats, etc. L’objection majeure contre le socialisme, c’est sa volonté de donner des loisirs aux natures vulgaires. Le vulgaire oisif est à charge à lui-même et au monde. »

Aurore, (1881), III, § 173 : « Dans la glorification du "travail", dans les infatigables discours sur la "bénédiction du travail", je vois la même arrière pensée que dans les louanges adressées aux actes impersonnels et utiles à tous: à savoir la peur de tout ce qui est individuel. Au fond, on sent aujourd’hui, à la vue du travail […] qu’un tel travail constitue la meilleure des polices, qu’il tient chacun en bride et s’entend à entraver puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l’indépendance. Car il consume une extraordinaire quantité de force nerveuse et la soustrait à la réflexion, à la méditation, à la rêverie, aux soucis, à l’amour et à la haine, il présente constamment à la vue un but mesquin et assure des satisfactions faciles et régulières. »

Le Gai Savoir, (1882) :
I, § 42 "Travail et ennui" : «Chercher du travail en vue du salaire — voilà en quoi presque tous les hommes sont égaux dans les pays civilisés: pour eux tous, le travail n’est qu’un moyen, non pas le but en soi; aussi bien sont-ils peu raffinés dans le choix du travail, qui ne compte plus à leurs yeux que par la promesse du gain, pourvu qu’il en assurent un appréciable. Or il se trouve quelques rares personnes qui préfèrent périr plutôt que de se livrer sans joie au travail; ce sont des natures portées à choisir et difficiles à satisfaire qui ne se contentent pas d’un gain considérable, dès lors que le travail ne constitue pas lui-même le gain de tous les gains. À cette catégorie d’hommes appartiennent les artistes et les contemplatifs de toutes sortes, mais aussi ces oisifs qui passent leur vie à la chasse, en voyages ou dans des intrigues et des aventures amoureuses. Tous ceux-là veulent le travail et la nécessité pour autant qu’y soit associé le plaisir, et le travail le plus pénible, le plus dur s’il le faut. Au demeurant, ils sont d’une paresse résolue, dût-elle entraîner l’appauvrissement, le déshonneur, et mettre en danger la santé et la vie. Ils ne craignent pas tant l’ennui que le travail sans plaisir: ils ont même besoin de s’ennuyer beaucoup s’ils veulent réussir dans leur propre travail.»
III, § 188: Travail. – Combien proches à présent, même au plus oisif d’entre nous, le travail et l’ouvrier! La politesse royale des paroles "nous sommes tous des ouvriers!" n’eût encore été qu’indécence et cynisme sous Louis XIV.
IV, § 329 : « Le travail attire toujours plus toute la bonne conscience de son côté: la propension à la joie se nomme déjà "besoin de repos" et commence à se ressentir comme un motif d'avoir honte. […] Eh bien ! Autrefois cela était renversé : le travail portait le poids de la mauvaise conscience. Un homme de bonne origine cachait son travail, quand la nécessité le contraignait au travail. L’esclave travaillait sous la pression du sentiment de faire quelque chose de méprisable en soi: – le "faire" lui-même était quelque chose de méprisable. » [Die Arbeit bekommt immer mehr alles gute Gewissen auf ihre Seite: der Hang zur Freude nennt sich bereits „Bedürfniss der Erholung“ und fängt an, sich vor sich selber zu schämen. [...] Nun! Ehedem war es umgekehrt: die Arbeit hatte das schlechte Gewissen auf sich. Ein Mensch von guter Abkunft verbarg seine Arbeit, wenn die Noth ihn zum Arbeiten zwang. Der Sclave arbeitete unter dem Druck des Gefühls, dass er etwas Verächtliches thue: — das „Thun“ selber war etwas Verächtliches]

Par-delà bien et mal  (1886), III, § 58 : le sentiment aristocratique selon lequel le travail dégrade en avilissant le corps et l’esprit. […] hommes chez qui l’habitude du travail a détruit, de génération en génération, les instincts religieux.
IX, § 259 : « De nos jours on s’exalte partout, fût-ce en invoquant la science [allusion à Marx], sur l’état futur de la société où "le caractère profiteur" n’existera plus: de tels mots sonnent à mes oreilles comme si on promettait d’inventer une forme de vie qui s’abstiendrait volontairement de toute fonction organique. L’ "exploitation" [Ausbeutung] n’est pas le propre d’une société vicieuse ou d’une société imparfaite et primitive: elle appartient à l’essence du vivant dont elle constitue une fonction organique primordiale, elle est très exactement une suite de la volonté de puissance, qui est la volonté de la vie. – À supposer que cette théorie soit nouvelle, en tant que réalité c’est le fait premier de toute l’histoire: ayons donc l’honnêteté de le reconnaître! – »

L'Antichrist (1889, 1895) : § 57 : « Ceux que je hais le plus ? la canaille socialiste, les apôtres tchandala, qui minent l'instinct, le plaisir, la modération du travailleur satisfait de sa modeste existence, ceux qui rendent le travailleur envieux, qui lui enseignent la vengeance ... »